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dimanche 26 décembre 2010

Tableaux : Voeux de la Bouchère ( 1 )

Salama , Bonjour

Commentaires : Zébus à fosse ou d'embouche dans la région de Tsiroanimandidy ; élevés en plein air ces monstres de la nature peuvent peser jusqu'à 200 à 300 kilos ( Omby gasy mifahy ) .

Ambalakisoa

Dans la banlieue Sud d 'Antsirabe , un quartier populeux et louche à souhait : Ambalakisoa ( parcs des porcs ou du bétail aussi ) . Dans les années 50 , les lieux périphériques de la ville servaient de gites de passage pour les paysans de la région qui montaient en ville chaque samedi pour emmener leurs fruits , légumes et bestiaux à vendre . Au fil des années et de l'histoire mouvante de la ville , Ambalakisoa offre un paysage rustique avec ses enclos , ses poulaillers , ses porcheries familiales . Un rien de promiscuité sociale ici , car se côtoient et co-exsistent le migrant bouvier Bara , le fruitier Antefasy de Mananjary, les grands acheteurs de paddy Merina ou Betsileo et , comme à l'accoutumée , les vilains pickpockets , les brigands de grands chemins sont légion . Au loin , à l'orée de l'ancienne cimetière des lépreux ( ex -arbrotum ) , sous l'ombrage d 'immenses conifères, souvent , une séance d'exorcisme provoque l'attroupement des badauds curieux et des villageois rigolards . Dans la joyeuse tumulte des jours des grands marchés paysans , Ambalakisoa s'était reconverti en ce lieu éminemment " informel " pour les rencontres paysannes , avec ses histoires villageoises , ses problèmes et ses habitants qui , tout en résidant dans une ville , semblent ignorer les impératifs d'une urbanisation . Nous sommes dans un grouillant et gros village péri-urbain . Ranivo , la bouchère , y est une figure mystérieuse , mais marquante des lieux .

La vocation de Ranivo la bouchère

Petite bonne femme d'une quarantaine d'année et veuve d'un boucher célèbre dans le quartier , Ranivo et se parents exerçaient plutôt leur métier de fruitiers ambulants et ils faisaient en longueur d'année ,des voyages incessants dans toutes les provinces pour trouver les fruits de saison comme les mangues , les litchis , les papayes etc ...La famille de Ranivo n'appréciait guère son alliance avec " son boucher" ( io mpivaron-kenanao io ) . Leur raison était que les fruits leur avait porté chance et bonheur dans leur vie et que les enfants doivent continuer à perpétuer ce bon métier . Mais Ranivo n'accorda guère une attention à la désapprobation de sa famille et fit ménage avec son homme " à bêtes " ( mpilalao biby ny vadinao io )

La révélation ou la fièvre ?

Un jour , un terrible accident de taxi brousse causa la mort brutale et de son mari et des membres de sa famille . Ranivo fut obligée par ses malheureuses circonstances de prendre donc en main la boucherie de son homme et les étals de fruits de ses parents . Mais un soir , une méchante fièvre l'alita pour une bonne semaine et dans son délire , elle discuta , en rêve , selon ses propres enfants et elle même , avec ses parents morts et son mari décédé . La malade possédée ( ? ) insista étrangement sur la présence dans ses songes : " d'un homme , au long cheveux , ayant un regard doux et profond . Cet homme transportait sur ses épaules un agneau et lui disait de dessiner des images pieuses dans sa boucherie ...Pour trouver la PAIX " ( Lelilahy miantsagora zanak 'ondry , no tsara fanahy ) .

Quartier louche et chaud

Le quartier est de ce qu'on nomme un bien mauvais coin ( tena toerana ratsy io ) en raison des garnements malpolis, des asociaux violents et des détrousseurs sans scrupules de vieux paysans (mpanendaka be antitra ) . Malgré la vigilance du Fokonolona et le quadrillage sévère des policiers de ces lieux inquiétants et louches , les vols , les attaques de magasins font parti du lot quotidien de cette population besogneuse d'Ambalakisoa . Tenir cette grande boucherie pour une femme seule était vraiment risqué , voire un appel au vol et au crime simplement . Mais Ranivo , entêtée , tient bon . Elle chercha alors , par prémonition , un dessinateur populaire , ces grands créateurs des fresques paysans . Et à l'artiste peintre , elle fit une description méticuleuse des images et des dessins qu'elle désirait pour être des décorations et une " protection" de son métier . Et c'était des images bibliques et des dictons paysans , les mêmes éléments qui avaient hantés et peuplés sa subconscience malade .

Conclusion

Ranivo la bouchère est connue , respectée dans son quartier car d'abord le métier d'homme peut être aussi celui de sa femme , enfin , son inexplicable état de transe fiévreuse l'aurait mise en rapport avec " ses morts et un homme qui s'avère être Jésus christ lui même " . Sinon , sa boucherie fonctionne bien là bas à Ambalakisoa où bandits sans foi ni loi et spéculateurs véreux font parfois la pluie et le beau temps. Est -ce un miracle si Nivo ne soit jamais victime des voleurs et brigands ?

A Suivre : Les motifs picturaux et bibliques de la boucherie ( 2 )

Joyeux Noël .

Bekoto

jeudi 30 septembre 2010

Les Communes rurales ( 3 ) : Commune d ' Antohobe

Commentaires : Armoiries de la Commune ( Kaominina ) d'Antohobe . La route Nationale a la couleur gris anthracite avec des traits et des pointillés ; la rivière , affluent du Sisaony , est en blanches lignes horizontales et ondulées ; dans l'image encore ,une tête de zébu avec un épi de riz ; et tout en jaune , de ce jaune d'œuf , les plaines infinies ou Tanety lava , et enfin , les traits rouges verticaux représentent les sillons du labour . Chaleur semi tropical et vents forts des alysées s'alternent ce mardi là . Le Maire m'avait aussi dit : " Le mercredi 23 Août à 10 heure , un essaim de criquets avait volé vers l'Ouest , vers Morondava " . Angoisse des paysans .

Commentaires : 35 ° à l'ombre , et se désaltérer à la borne fontaine du Village . Cet ouvrage collectif financé par une ONG ( Fikrifama) sert en eau potable une population de 1 000 habitants environ . La gestion de l'eau est un bel exemple de prise de responsabilité des paysans - usagers qui doivent , par exemple, assurer la maintenance de la fontaine ( réparation du robinet abîmée , maintien de l'hygiène ...) Développement participatif selon le jargon en vigueur . La population locale avait assuré le creusement du canal qui avait emmené l'eau provenant d'une source située à quelques kilomètres en amont d'une montagne. Elle - population - avait aussi fourni le sable , les gravillons et la main d'œuvre nécessaire . l' ONG , elle , avait apporté son savoir - faire et sa technique ( ingénieur , ciment etc...) Malgré l'ensablement relatif de la citerne principal qui a ralentit le débit de l'eau au robinet , les bornes fontaines , au nombre de 6 ( six ) fonctionnent convenablement .




Mise au point sur ce récit .
Depuis 2009 , et pour mémoire , nos histoires communales ont été auparavant abordées sous un angle technico - administrative à la fois rigide et austère ( 1 ) . Et ce , pour éviter et filtrer si on veut , durant ces moments incandescents ( ?) de l'actualité politique Malgache , les espèces de polémiques stériles et hystériques entre des anonymes hargneux et contre ma modeste personne . Bizarre que nos tourmentés de polémistes masqués ne se manifestent plus maintenant . Fatigue ? scrupules ? ou dépassés par leurs propres fantasmes ? Sans rancune , ni aigreur politique . Élevons le débat SVP . Venez avec nous dans les villages Malgaches. C'est tout .
Le fameux recul pondéré et distant de " chercheur " m'avait été vital pour la survie de l'écrit et pour la réalisation du discours paysan véhiculé dans ce petit blog , indépendant , autonome etc... Car Mahaleo signifie aussi devenir libre ...Liberté en devenir pour la paysannerie ( Tantsaha mahaleotena ) . Mille mercis aux membres fidèles . Entre nous ( Salut reconnaissant à Didier )

Commentaires Photo : Un rien d'abandonné dans ce village qui est pourtant bel et bien peuplé . Cette maison traditionnelle construite pendant les "belles " années 50 témoigne de cet état de solitude et de ruine . Son propriétaire avait migré ici vers 1965 . Du temps où les paysans vivaient , disait - il , dans l'abondance et ignoraient les pénuries . La carcasse de la 504 familiale marque , dans sa pathétique couleur rouille , cette ancienne époque de prospérité relative . Nostalgie ? Mélancolie ? ou dangereuse et équivoque réaction passéiste pour un retour de ces périodes " néo-coloniales " Époque où l'État annexait toute son économie , toute sa monnaie et tout son âme râleront nos " nationalistes " purs et durs ?
Mais à quoi bon toujours déblatérer et postillonner sur toute notre histoire commune ici et maintenant ? Le passé est si riche en leçons et l'avenir en espoir !
Mais espérons que notre auto-cannibalisme intellectuel ne nous "bouffe" pas trop nos propres et faibles énergies sur notre grande île . Fatigante que cette drôle de crise... m' enfin !

Visite à Antohobe
Fraîchement débarqué de l'aéroport d'Ivato le lundi 30 août , j 'avais pris , mon taxi brousse pour descendre vers le sud , à Antsirabe car demain , mardi , j'aurais à animer cette fête paysanne à Antohobe . Cette localité , située à 25 km de Betafo , a des problèmes en matières de soins sanitaires . Ma présence là bas a été , cette fois çi , en tant qu'artiste . Ô si , je continue à créer car c'est ma liberté absolue que de rêver , que de chanter les réalités , que de faire aussi rêver les bons gens . Et puis ça fait du bien et du bon de chanter " pour le peuple" de temps en temps vous savez ?

Commentaires Photo : Un enfant , peut être le fils ou la fille de notre nostalgique paysan cité plus haut avait écrit sur leur 504 abandonné
e "Tsy hazo hidirana ato ...fa faritry ny fo " Il vous est interdit d'entrer ici car c'est le domaine du ( de mon ) cœur " . Comment interpréter ces sublimes mots d'enfant ? A -t-il , lui l'enfant , ce besoin de créer dedans sa 504 rouillée , son propre jardin secret et son royaume dont la belle et créatrice imagination est la Reine de son futur Empire ? ou désire -t-il pour son avenir à lui et ses copains ( nes ) un grand village plus beau , plus paisible et plus conviviale ? Cela me rappelle une question du poète adressé à un autre poète , ô !cette douce et élégante ironie des poètes de la vie :" Qu'est ce que la Vie ? ""C'est un songe ! "Et , qu'est un songe alors ? " C'est ..heu.. un songe ! "

Équilibre et mouvement perpétuel
Entre le chaos Malgache du moment et l'harmonie à trouver , musique , poésie ou Arts , offrent cette ligne des crêtes , dangereuse et délicate certes . Avancer sur un mince fil de cette vie sur lequel il faut ramper dans un équilibre parfois précaire , mais sur lequel aussi tu dois continuer à vivre ou à survivre . Un petit pas devant l'autre , continuer vers l'avant ..."Chaque matin est un nouveau départ " .Tant que le plaisir et l'envie sont là , tout est encore possible pour faire de cette terre ou de ce petit village un minuscule paradis ( 2 ) ou un micro - enfer ? Question de goût et de penchant personnel , ou de vocation aussi peut être . Ce mardi venteux est magnifique ; et le village irradie avec son soleil torride , avec sa terre brûlante et avec son eau rafraîchissante de la fontaine .

Commentaires Photo : La commune a une superficie de 169 km2 et une population de 14 290 âmes . Sous-peuplement caractéristique du Moyen Ouest de Madagascar où les nombreux projets de société , depuis des décennies , passent et défilent , comme les vents froids des alysées . Nos jeunes ruraux , eux , sont plus aguerris , ouverts et francs du collier comme on dit . Ce sont eux l'avenir ! Ici , sur la photo , la jeune population va rejoindre la musique qui va commencer dans la grande cour du Centre d'enseignement général ou CEG .

Le concert Villageois
Les bénéfices de ce concert paysan serviront à réhabiliter le Centre de soins de base de la Commune ( CSB 2) . C'était un concert à la fois humanitaire et très amical . Ces paysans partenaires du village sont de bonnes connaissances . Une très agréable mission qu'Antohobe , et juste après l'île de Groix en Bretagne . Presque de belles vacances en brousse. .





Une école du Village
Commentaires : L'école confessionnelle est une mélange hétéroclite de styles . Une "bouillie" architecturale . Et se devine , au travers de ces divers matériaux de construction , toute l'histoire tumultueuse et changeante de la commune elle même . Un condensé brouillon en pierres , en chaume , en briques et en ciment raconte l'histoire bégayante de l'enseignement en zone hostile . La fondation fut fait des blocs de granit . Les murs étaient conçus avec des briques maintenus par une armature en béton . les fenêtres et croisées sont hautes ( 3 mètres ) et larges . J'avais pensé que c'était même une église . Malgré l'aspect moderne et quasi solennel de la grande entrée comportant 2 ( deux ) grands et spacieux portails et malgré ces prétentieuses colonnades à la romaine qui soutiennent ce toit du préau fait en plaque bétonné , le vulgaire toit rustique en chaume trahit , soudain , une crise , une rupture tragique et brutale de l'ensemble . Le village avait dû vivre ( ou vit - il encore ? ) des moments très difficiles : attaques périodiques de Dahalo ( brigands ) ? ou bien une mise en tutelle de la population par des forces occultes des caïds politico - maffieux ? Étrange et lourde cette ambiance en effet .


La grotte abandonnée de la Vierge
Cette construction sainte consacrée à Notre Dame de la Salette m'a bien ému et ulcéré surtout . D'abord la statue de la vierge Marie , sensée être dedans , avait disparu . Délaissé par les chrétiens eux même , ce sanctuaire fut abandonné au hasard de la nature et des vents érosifs du nord / est . Il doit peut être renfermer de terribles et tragiques histoires . Les morceaux de briques suggèrent encore un violent blasphème et un acte inconsidéré d'iconoclaste . On dirait que des incroyants , d'irrespectueux garnements ou adultes en avaient fait , avec ces pierres , des projectiles pour cibler et abattre Marie , mère de Jésus , Fils de Dieu . Un rien de malaise ( malsain ? ) commence à m ' oppresser . Mais une vilaine curiosité me saisit en même temps . Nom de Dieu ! ( Andriamanitra ô ) Mais qu'est ce qui se passe ici à Antohobe ? ? ?



BAR ( trano hazo )
Une affiche mauve collée sur la porte du tripot verdâtre là , à droite , sous l'affiche jaunâtre qui fait de la réclame d'un boisson alcoolique.
"Bekoto et Mamy Basta en concert" est écrit dans l'affichette publicitaire . En m 'aprecevant dans le car des artistes , ce monsieur un peu louche , en lunettes noires et chapeau feutre , très euphorique et animé d'une joie sauvage me hue et il m'invita à prendre un coup ( handao hirevy kely ny akama an ! ) . C'est l'épicier du village et orpailleur par moment et il est aussi heu ...ormeta !



A Suivre : Commune rurale Antohobe ( fin )

Notes :

1 ) Relire SVP : Décentralisation : Le Point et Perspective 2009 . vendredi 8 Mai . 2009 . En raison ( ou à cause ) de cet ancien article évoqué çi dessus , j'avais été objet d'une grave insulte de la part d'un anonyme un peu dérangé et de menaces aussi . Sans blague . Mais ne jamais se chamailler avec des tarés me conseillaient mes paysans ( tsy miady @ adala ny bandy ny Tànana aty é) . En relisant moi même la page , je ne vois pas du tout mes crimes et délits . Si vous pouvez aussi voir dans cette page incriminée un soupçon de faute , éclaire moi . Entre nous . Cela me F...des complexes car difficile à oublier . Sans paranoïa évidemment .

2 ) Blague préférée , car une fois n'est pas coutume , d'un de mes Professeur de Philosophie au petit séminaire de Mandaniresaka , le Père jésuite et Basque Dokelar ( Paix à son âme ) , Ha ! mon sacré Père :
" Un étudiant chercha , pour sa thèse , l'ouvrage de Saint Augustin : La cité de Dieu . Il fouilla vainement dans le rayon T comme théologie mais n'y trouva rien . Il dénicha enfin son livre dans le rayon U . Dans Urbanisme ."
Mon cher père doit bien sourire dans sa tombe à l'évocation de son nom .